La navette Ping vole en direction d'Anathas depuis plusieurs heures déjà. Au loin, le soleil brille de mille feux, malgré l'heure tardive.

Tout le monde dort, sauf le personnel nécessaire au vol et les conseillers du roi. Assis autour de la table de réunion à l'intérieur du vaisseau, ils conversent, las. Le roi fait soudain irruption dans la pièce, de larges cernes sous les yeux.


-Messieurs ?

-Oui, sire ?

-Comment cela se fait-il que nous ne soyons toujours pas arrivés ?

Le premier ministre se lève.

-Nous avons eu des contretemps, sire... La population n'est pas tranquille là-bas et nous craignons pour votre sécurité.

-Au diable ma sécurité ! Je veux sortir de cette maudite boîte de conserve !

-Sire...

-Suffit ! Nous étions déjà censés être de retour depuis plus de 20 cycles ! J'en ai assez de devoir gouverner à distance. Je n'ai guère confiance en vos "émissaires"...

-Mais Sire, nous n'aurions pas pu faire autrement ! Les navettes penguinolandaises font des allers-retours sans s'arrêter, nous n'avions juste pas d'autre possibilité !

-Mh.


Le roi se retourne et admire la surface de la planète à travers les épaisses vitres blindées.


-Bon. Qu'est-ce qu'on fait alors ?

Le ministre de l'Intérieur se lève.

-Monsieur... Permettez-moi de vous retourner la question... Votre peuple se sent abandonné, et pour cause : vous avez fait un virage à 180° par rapport à la politique de votre père. De nombreux questionnements subsistent : pourquoi avoir abandonné notre neutralité pour du "pacifisme" ? Pourquoi avoir rejoint la Triade ? Pourquoi...

-Cessez de m'importuner avec vos questions ! Je suis fatigué. J'enchaîne les entretiens à distance depuis plus de six heures. Alors contentez-vous de me faire votre rapport, que je puisse enfin aller me reposer.

-Mais avez-vous seulement pensé à votre père, tout ce qu'il a fait ?

-Au diable mon père et sa politique protectionniste ! La seule chose qu'il a réussi à faire, c'est à nous ridiculiser sur le plan international. Regardez un peu le caca nerveux qu'il a fait avec les histoires siths ! Il se faisait dessus dès qu'une personne nous attaquait... Désormais, nous arrêterons de nous échapper. Nous n'attaquerons pas délibérément, mais nous ne fuirons plus.

-Et la Triade alors ? S'ils nous forcent à attaquer ?

-Je suis très reconnaissant envers les membres de la Triade. Nous leur devons beaucoup, et pour ça, je suis prêt à les soutenir dans toutes leurs guerres.

-Bien. Si vous savez ce que vous faites...

-OUI ! Je le sais ! Cessez un peu de douter de tout ! Regardez où en est le Détroit de Merlos : en moins de 50 cycles, et à distance qui plus est, j'ai réussi à le hisser au top 5 des plus grandes puissances anathasiennes. Nous faisons partie des meilleurs aujourd'hui.

-Monsieur, je le sais, mais votre manière de faire est très différente de celle d'Alexandre...

-Je ne suis pas mon père, et je suis surtout le roi. Alors désormais, vous faites ce que je vous dit et vous vous en tenez à vos fonctions. Sinon, je vous démets.


Maxime quitte la pièce, furieux.

Un silence lourd s'installe dans la salle de réunion. Soudain, le premier ministre prend la parole.

-Il est temps d'organiser les élections, je crois. Cela a assez duré, je ne veux pas que l'oeuvre d'Alexandre soit cassée par son fils. Dès qu'il se sera marié, on le jette.


Au même moment, Maxime rentre dans la chambre qui lui a été attribuée avec fracas. Les yeux en larmes, il se jette à plat ventre sur son lit. Il sort de sa poche la toute petite clé qu'Alexandre lui a confié quelques secondes avant de fermer la porte du vaisseau qui emmenait sa famille vers Anathas II.

Il reste pensif un très long moment. Puis, lentement, il se retourne, regarde le plafond avec attention, cherchant des réponses qu'il ne trouvera pas. Il essuie ses larmes.

-Papa... Pourquoi nous as-tu abandonnés ? Que dois-je faire ? Qu'attends-tu de moi ?